Matériel et technique

Mon matériel et ma technique

J’ai sélectionné et testé au fil de mes plongées toute une gamme de matériel issu des meilleurs fabricants européens. Capable surtout de fonctionner et de résister aux pressions importantes des profondeurs où j’évolue (>300 m).

Vêtement étanche Ursuit.
© DR

Isothermie
Vêtement étanche Ursuit (Finlande).
Sous-vêtement chauffant Santi (Pologne). J’en règle la chaleur fournie grâce aux batteries du DPV Seacraft.

Equilibrage
Grâce au harnais XDeep (Pologne) et à la configuration “Sidemount” de mes recycleurs, j’obtiens un trim parfait avec un minimum de lestage. Je plonge sans bouée, utilisant uniquement l’inflation du vêtement pour l’équilibrage. Si par malheur l’un de mes recycleurs venait à prendre l’eau, rendant ma pesée négative et dangereuse, il me suffirait de le décrocher et de l’abandonner sur place.

Respiration
Recycleurs
2 recycleurs à circuit fermé (Tchéquie) portés en sidemount. Je respire sur le principal (dégradé), fixé du côté gauche, tout en testant régulièrement celui de secours (redondance) sur le côté droit. Ce dernier est plus souple à la respiration en raison de la position du poumon inspiratoire, plus proche du corps. Filtres modifiés en taille autorisant chacun une durée de 9h en épuration C02. Avec une autonomie de 9/10 h par recycleur.

Mélange
Mélange Trimix 4/89 (Oxygène, Hélium, Azote).

Réservoirs
Chaque recycleur comporte 2 bouteilles de 2 litres (oxygène pur et diluant) auxquelles j’ai ajouté une bouteille de 2 litres d’air comprimé à 374 bars pour le gonflage du vêtement et une autre de 2 l de diluant 4/89 (off board) pour compenser l’autonomie trop faible des recycleurs en grande profondeur. En totalité 6 bouteilles.

Décompression
2 Ordinateurs (Tchéquie), algorithmes Buhlmann modifiés, indépendants et solidaires de chaque recycleur.

Propulseurs Seacraft
© Alexandre Legrix. DR

Propulsion
2 scooters Seacraft Ghost (Pologne). Pression d’épreuve >300 m. Multi-vitesse. Plus de 10 h de fonctionnement pour 30 km d’autonomie. Servent également de batterie pour le chauffage. Supportent les éclairages principaux et une console inertielle de mesure. Prévus pour fonctionner couplés, je les ai désolidarisés, gardant l’un en secours fixé derrière moi, afin de pouvoir disposer d’une main libre, en navigation.

Vision
2 éclairages principaux de 50.000 lumens chacun fixés à l’avant du scooter. J’en suis le concepteur et le fabricant avec notre marque Callisto (France).
1 frontale Phaeton (Grèce) fixée sur le casque. 10 h d’autonomie à 20W réglables pour pouvoir éclairer le champ proche, les mains lors des manœuvres de dévidoir (technique française)…
1 lampe Tillytec (Allemagne) fixée sur le bras : 2 h à 4200 lumens.

Images et mesures
Console de navigation ENC 3 Seacraft (Pologne). C’est une centrale inertielle qui permet d’enregistrer la position dans l’espace couplée avec un loch top comme en navigation à la voile, petite hélice permettant de relever le déplacement.
Caméra en caisson Isotta (Italie) portée sur la tête.

Divers
Plusieurs outils et sécateurs.
Harnais, sanglages et bouclerie.
Palmes, matériel de secours (masque…), d’éclairage et de confort.

Décompression
Cloche individuelle installée à – 9 m. Évolutive jusqu’à – 6 m. Fixée par câbles sur le fond avec lest ou spits (pitons à expansion). Position assise, jambes dans l’eau. Fabrication maison. 2 x 4 h d’autonomie en oxygène par bouteilles en circuit ouvert.

Mélanges de gaz et consommations

J’utilise des Trimix. Pour cette plongée, du 4/89 que je prépare moi-même. Pourquoi du Trimix plutôt que de l’Héliox ? J’ai fais des essais mais le Trimix est beaucoup plus “confortable”. De plus, la présence de l’azote dans le mélange limiterait le SNHP (syndrôme nerveux des hautes pressions) grâce à l’effet narcotique de l’azote. J’en utilise un faible pourcentage dans les mélanges (entre 7 et 10%) pour éviter la narcose et limiter la saturation en azote. Pour cette plongée, l’équivalence air comprimé en azote correspondait à – 30 m. L’isothermie est également meilleure.

Qu’en est-il de l’usage de l’Hydrogène comme diluant en plongée profonde ? L’australien Richard Harris l’a testé avec succès lors de l’exploration de la Pearse River en Nouvelle Zélande. C’est novateur et peut-être est-ce l’avenir ? Nous sommes en effet des “plongeurs d’essai”. Mais il n’y a pas assez de recul sur la décompression. D’après Bernard Gardette de Comex, qui avait réussi les premières plongées très profondes avec ce gaz, les algorithmes de décompression pour l’Hydrogène sont calqués sur ceux utilisés pour l’Hélium et cela n’apporterait donc rien en termes de performances.

Il y a surtout un sérieux problème de sécurité : mélangé à l’Oxygène, l’Hydrogène risque de réagir de façon explosive pour produire… de l’eau ! C’est un mélange instable qui demande des procédures industrielles rigoureuses : On ne peut pas faire ça dans son jardin…

Fabrication des mélanges
Au départ de bouteilles industrielles B50 de gaz purs avec les procédures habituelles. D’abord je transfère l’Oxygène, puis l’Hélium puis je rajoute de l’air. A tous moments je contrôle le taux d’O2 avec plusieurs instruments et mes tableurs. Vient ensuite la procédure de surpression pour remplir les bouteilles de plongée avec un booster MPS Technology 380 bars, société italienne qui me suit depuis longtemps.

Recyclage des gaz et décarbonation
2 recycleurs sidemount avec filtres de 3 kg de chaux “Sofnolime”. J’ai dû modifier la taille des filtres d’origine pour des modèles beaucoup plus gros à cause des profondeurs atteintes. A défaut le gaz risque de ne pas avoir le temps de parcourir la boucle correctement : Je risque de respirer un gaz non filtré et de m’intoxiquer au CO2 ! Je me suis inspiré de ce qu’avaient développé les militaires US pour leurs plongées au-delà de 200 m. Des modèles de recycleurs de secours Comex aussi… Avec bien sûr des implications en termes de confort respiratoire et de pesée. J’ai dû m’acclimater et adapter ma technique en conséquence.
Notons que la descente est tellement rapide que je respire directement le 4/89 que j’injecte. Le recycleur fonctionne alors comme un détendeur : le gaz n’a pas le temps de réellement circuler dans la boucle.

Contrôle de l’Oxygène
Ce sont des recycleurs électroniques mais désactivés : Pendant la plongée, je contrôle manuellement la pression partielle d’Oxygène en permanence. Je suis plus “oxygéné” qu’à l’air libre mais j’ai choisi, au contraire de beaucoup, de plonger avec un taux d’Oxygène très bas, même aux paliers (pp O2 < 1.6). Je crains par-dessus tout l’hyperoxie. Sur l’ordinateur je peux lire la toxicité potentielle du mélange. En fonction de cela, j’injecte ou pas le diluant ou l’Oxygène. C’est comme un inflateur de stab, très pratique : Droite oxy, gauche mix.

Décompression
Les ordinateurs fonctionnent avec les algorithmes Bulhman traditionnels. Connectés au recycleur, ils monitorent en temps réel le gaz que je respire. Et calculent une décompression théorique à partir de la profondeur de -50 où commence le compte à rebours pour ce profil de cavité. Pour réduire les durées de décompression, en plus de procédures personnelles issues de mon expérience et de ma physiologie, j’ai adopté un Gradient Factor de 80/80 ce qui est assez engagé. Je frôle en effet la courbe de désaturation maximum (à 80 %). D’habitude on suit un GF de  50/80… Suite aux acquis de cette dernière plongée et pour préparer les futures tentatives, Bernard Gardette m’a d’ailleurs envoyé de nouvelles courbes adaptées à ma physiologie.

Consommation
Comme on le voit sur les différents tableaux de données, au cours de cette plongée de 7 h jusqu’à – 308 m, je n’aurais consommé que 850 litres de diluant Trimix 4/89 et 486 litres d’oxygène pur. Soit une moyenne de 0,4 l/min d’Oxygène en tenant compte des nombreux rinçages. Un métabolisme extrêmement bas…

Le profil de la plongée. Enregistrement de la console ENC3 du DPV Seacraft.
© DR

Préparation physique et mentale pour ce type de plongée

Au fil des tentatives, nous avons progressivement abandonné la notion de “redondance mixte” en transportant des bouteilles “bail-out” en circuit ouvert. C’est inutile à ces profondeurs car bien trop lourd ! En circuit ouvert, pour ce type de plongée, il aurait fallu transporter 25 à 35 kg de gaz divers, soit l’équivalent de 10 bouteilles de 20 l à 200 b pour  un poids de plus de 200 kg… De plus, un détendeur classique ne fonctionne pas correctement à ces profondeurs : Les débits nécessaires sont bien trop importants.

Ce qui veut dire qu’il faut développer une adaptation psychologique aux risques potentiels de panne sur le recycleur principal. D’où l’emploi d’un deuxième recycleur en redondance. Nous avons donc entièrement basculé de la technique en circuit ouvert à celle en circuit fermé. Ce qui étonne tous les plongeurs de l’ancienne génération, habitués à une respiration “assistée”. En effet, les détendeurs, sans qu’on en prenne conscience, sont très souples à l’inspiration ce qui déclenche un afflux de gaz à pression positive. Avec les recycleurs c’est différent : Ce sont nos poumons qui décident et il faut un entraînement tant physique que psychologique pour pouvoir se ventiler efficacement. On doit maîtriser ses rythmes respiratoires, sa consommation, son métabolisme. Et ne surtout pas se laisser entraîner dans la zone de l’effort sous peine d’essoufflements incontrôlables et souvent fatals. Il faut acquérir la force de se ventiler soi-même pendant tant de temps. J’ai l’expérience de plongées de plus de 15 h avec ce type de mélanges et de matériel.

Mon objectif est d’être le plus léger possible. Le plus hydrodynamique. D’aller à l’essentiel. Pour pouvoir progresser sous l’eau vite et sans fatigue excessive et inutile. En pleine possession de mes moyens sans accessoires superflus pouvant influencer mon état psychologique. Ainsi j’ai renoncé aux manomètres de contrôle des pressions de mes bouteilles tant je suis réglé au plus fin. une connaissance acquise au fil de mes plongées d’entraînement et de mises au point. Je connais exactement mes consommations. Un genre de “technique alpine” adaptée à l’exploration profonde en siphon…